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Le personnel du CEFAS

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Progamme ZABID

- Juliette Honvault
(chargée de recherche CNRS)


L’histoire politique du Yémen contemporain

1. Thèmes de la recherche

Historienne du monde arabe contemporain, le projet que j’ai établi en amont de ma venue au CEFAS (avril 2007), s’inscrit dans le cadre de mes recherches précédentes, portant sur les débuts du nationalisme arabe (première moitié du XXe siècle). Une étude du cas yéménite, dans une perspective de comparaison avec l’histoire du Proche-Orient, m’a semblé se justifier, d’une part, en raison du développement tardif et apparemment instrumental (années 50) du nationalisme arabe au Yémen - alors même que le pays a servi de référence identitaire aux réformistes arabes de Syrie et d’Egypte dès la fin du XIXe siècle. Elle se justifiait d’autre part en raison des positions des acteurs yéménites les plus en phase avec les idées modernistes de l’arabisme vis-à-vis du conservatisme social et religieux du pays, positions qui les ont finalement conduits à s’orienter, avec beaucoup de pragmatisme, vers l’islam politique.

L’affirmation du pouvoir très conservateur de l’Imam Yahya (1904-1948), qui s’est posé en héros de l’indépendance yéménite vis-à-vis des Ottomans, et en interlocuteur habile des héros du nationalisme arabe, permet d’expliquer, dans ses grandes lignes, la singularité de l’histoire du nationalisme arabe au Yémen. Néanmoins, il reste à comprendre comment ce pouvoir a pu s’installer et comment il a pu, éventuellement, user des ressorts de l’arabisme pour se maintenir. On pourra aussi se demander si ses opposants modernistes, accusant un retard de calendrier vis-à-vis de la première génération de nationalistes arabes au Proche-Orient, n’ont pas aussi échoué à comprendre la complexité de la nature du pouvoir imamite.

La comparaison avec les conditions de l’émergence de l’arabisme proche oriental, marqué d’abord par la revendication d’une véritable reconnaissance, par voie d’intégration politique et culturelle, à l’Empire ottoman, invite à reconsidérer la relation des populations yéménites vis-à-vis de l’Empire, ainsi que la façon dont l’héritage de la présence ottomane a été perçu et entretenu tout au long de la première moitié du XXe siècle. L’analyse des échos de la révolution jeune turque (1908) au Yémen (étude qui s’inscrit dans le programme sur la révolution jeune turque dirigé par François Georgeon à l’EHESS) est l’occasion d’explorer la perception de l’espace ottoman par les « Yéménites », et des débats intellectuels et politiques qui l’ont animé. Le réemploi des compétences ottomanes par l’Etat imamite, fait qui n’a pas marqué les historiens, sera étudié à travers l’établissement d’un tableau biographique des personnalités de l’administration ottomane qui ont été maintenues après 1918. Enfin, la mémoire de « l’occupation » ottomane sera examinée dans le cadre d’une étude plus générale sur les autobiographies yéménites.

Autre aspect de la recherche, l’analyse d’un corpus relativement important (mais de qualité informative inégale) d’autobiographies yéménites (ou arabes, mais concernant le Yémen) doit permettre de retracer des parcours individuels, des filiations intellectuelles et politiques qui font aujourd’hui tant défaut pour la compréhension du Yémen contemporain – et plus précisément, même, actuel.

2. Etat des lieux de la recherche en histoire au Yémen et organisation du programme de recherche

Depuis mon arrivée, j’ai commencé à préciser mon programme de recherches à partir d’une première expertise portant sur la bibliographie existante au Yémen, ainsi que sur la disponibilité des sources.
Les travaux sur l’histoire politique et sociale du Yémen contemporain souffrent d’un grand vide quantitatif – et même qualitatif pour une grande majorité d’entre eux. Les raisons de cet état de fait sont variées, mais on peut souligner le difficile accès aux sources yéménites de première main, ou leur indigence même. Lorsqu’elles existent de manière utilisable, elles sont souvent confinées au sein des familles, sous forme manuscrite. En ce qui concerne celles qui sont conservées aux Archives nationales yéménites, elles sont ou bien soumises à une forte restriction de la consultation (pour des raisons politiques et idéologiques), ou, pour les tout débuts de la période, rédigées en ottoman.

Mon programme de recherche s’organise par conséquent autour de la nécessaire mise en valeur des connaissances et des sources sur le Yémen contemporain.

Ce constat a d’abord donné lieu à la mise en place d’un séminaire de recherches sur l’histoire contemporaine, non pas seulement yéménite, mais de la péninsule Arabique dans son entier, et qui commencera dès le 1er octobre 2007. L’ouverture géographique de ce séminaire ne répond pas seulement à la dimension régionale du CEFAS. Elle est destinée à désenclaver, d’une part, la connaissance et l’accès à des sources qui, au moment de leur production, n’ont pas toujours connu la rigidité des frontières d’aujourd’hui ; d’autre part, à intégrer la valeur heuristique du facteur régional et à faire en sorte que les quelques chercheurs travaillant dans ou sur la région puissent partager les préoccupations ou les résultats de leurs recherches respectives.

Ce constat invite également à reprendre activement le programme sur « Les fondements historiques des appartenances politiques du Yémen contemporain » mis en place par le précédent directeur du CEFAS, François Burgat. Il me semble notamment indispensable de poursuivre la politique engagée depuis lors par le Centre, et qui a consisté dans la publication d’ouvrages et de textes essentiels à une meilleure compréhension du l’histoire du Yémen contemporain 1. Dans ce cadre, j’ai suscité l’exhumation de plusieurs collections d’archives dont l’exploitation prend dors et déjà la forme d’un projet collectif (IV-3-3 - Archives politiques du Yémen au XXème siècle dans les collections privées). 

1 Voir notamment le texte de Muhammad Mahmud al‑Zubayri sur les « erreurs des Libres » publié dans sa version traduite en français par François Burgat dans les Chroniques Yéménites n° 99 (2001) ; Mudhakkirat al‑ustadh Nu’man, présentées par Alî M. Zaid, Madbûlî, CEFAS et CAMES, le Caire – Beyrouth, 2003 ; ‘Alî Muhammad ‘Abduh, Lamahât min târîkh harakat al-Ahrâr al‑yamaniyîn (Aperçu de l’histoire du mouvement des Yéménites Libres), 2 vol., CEFAS – Muntadat al‑Nu’mân al‑thaqâfî lil‑Chabâb, Sanaa, 2003 ; Muhammad A. Jazem, « La guerre yéméno-saoudienne (1934), d’après un manuscrit inédit de Muhammad Charaf al-Dîn (Al‑barq al‑muta’alliq fî rihla mawlânâ Sayf al‑Islam ilâ l‑Machriq), Chroniques yéménites, CEFAS, 2003. La numérisation des archives diplomatiques françaises sur le Yémen, et la publication, en 2007, d’un inventaire de ces archives par le CEFAS et le Centre national des Archives du Yémen (Anne-Sophie Cras, Archives des Consulats de France au Yémen. Répertoires numériques, Aden 1858-1942, Hodeïda 1880-1914) participe entièrement de cette politique.
 
 
 

 

 

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