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Progamme ZABID

- Konstantyn Filonenko
(Etudes islamiques, Université de Mac Gill, Montréal)


Les sources de Shawkânî dans la théologie zaydite

Objectifs de la recherche
Dans ma recherche, je souhaite montrer jusqu’à quel point la doctrine zaydite a influencé la pensée théologique d’al-Shawkani (m. 1832). Ce savant religieux yéménite d’origine zaydite présente un cas particulièrement intéressant parce que malgré sa proximité au sunnisme, il a néanmoins eu recours à l’ijtihad (un jugement indépendant sur une question légale d’après une interprétation littérale des sources sacrées, le Qur’an et le Sunna), tandis qu’à son époque, il était généralement accepté par les savants sunnites que ‘la porte de l’ijtihad était fermée’. Aussi, le fait que al-Shawkani ait eu recours à l’ijtihad semble montrer toute l’influence du zaydisme sur sa formation, et à travers cette dernière, l’influence de la doctrine mu’tazilite, avec sa tradition rationaliste, sur ce penseur habituellement classé comme « sunnite ». Ceci indiquerait donc autant une zaydisation du sunnisme qu’une sunnisation du zaydisme (telle que cette dernière a été décrite par Bernard Haykel dans son livre Revival and Reform in Islam: The Legacy of Muhammad al-Shawkani ).

Sources et problématique
Selon la majorité des chercheurs modernes (Husayn al-‘Amrî, par exemple), et selon al-Shawkani lui-même, ses œuvres théologiques ont été influencés largement par de nombreux auteurs éminents chi’ites et sunnites, qui écrivaient dans le domaine de l’exégèse coranique, tels al-Tabarî (m. 923), al-Tha’labî (m. 1036), al-Zamakhsharî(m. 1101) et quelques autres. Dans ses œuvres, al-Shawkani s’appuie largement sur leurs outils exégétiques et leur méthodologie. Ainsi, dans son explication de telle ayat, il suit  de près al-Zamakhsharî, en donnant tout d’abord une explication grammaticale détaillée, suivie d’une élucidation de ses sens rhétorique, métaphorique etc. En présentant une argumentation légale basée sur le Coran, le procédé d’al-Shawkani est très proche de celui d’al-Tabarî (l’appui sur le hadith, l’analyse de la chaîne de l’isnad, etc). Néanmoins, afin d’éclaircir l’influence des exégèses coraniques différentes sur la pensée théologique d’al-Shawkani, je crois qu’il serait insuffisant de compter exclusivement sur les sources qu’il mentionne lui-même dans ses œuvres.

Pour établir complètement les outils linguistiques utilisés par lui, autant que pour comprendre pour quelle raison il emploie les méthodes déjà utilisées dans d’autres œuvres de la théologie zaydite, il serait nécessaire de prendre en considération non seulement la production intellectuelle des savants qui ont été généralement vus comme ses prédécesseurs directs, tel Ibn al-Amîr (m. 1436), Ibn al-Wazîr (m. 1577), al-Jallal (m. ca. 1650) et al-Maqbalî (m. 1696), mais aussi d’analyser l’influence d’autres théologiens zaydites, qui, malgré leur importance à leur époque, n’ont pas été assez étudiés, ou même ont été négligés par les savants postérieurs et modernes. Parmi eux, le plus influent serait Sarim (Burhan) al-Dîn Ibrahim b. Yahyâ al-Suhulî (m. 1650). Il a laissé un nombre d’ouvrages théologiques dont quelques-uns, comme al-Thalathûna Mas’ala, qui concerne l’explication de certaines ayât coraniques, ne sont pas mentionnés par Brockelmann.

Présentement, ma tâche est donc d’éclaircir, en comparant l’exégèse d’al-Shawkani avec celle d’al-Suhulî, quelle est la différence entre les deux et de détecter les traces de l’influence de la méthodologie argumentative de la théologie, kalâm, qui aurait pu être héritée par la pensée d’al-Shawkanî (ou bien au contraire, de confirmer son absence). 

Etat d’avancement
Je suis donc en train de lire le livre de Suhûlî de manière approfondie dans trois manuscrits différents. Dans un deuxième temps, je rechercherai les œuvres d’autres savants qui ont pu influencer Shawkânî et qui sont moins connus que Suhûlî. A cet effet, je suis en contact régulier avec la Fondation Zayd ben Alî (Sanaa) qui dédie entièrement ses activités au patrimoine intellectuel zaydite. Je suis également en contact avec la Maison des Manuscrits, mais ces contacts ont été moins fructueux jusqu’à maintenant.
Mon rattachement au CEFAS me permet de bénéficier très utilement de ses ressources documentaires et de ses outils de recherche, ainsi que du soutien scientifique de ses chercheurs et de son directeur, M. Jean Lambert.

 
 
 

 

 

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