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Progamme ZABID

- Vincent Planel
(doctorant en anthropologie, EHESS)


Après un séjour à Taez d’août à novembre 2007, qui m’a permis d’intervenir dans le séminaire interne du CEFAS, je poursuis mes activités d’enseignement à l’université d’Aix-Marseille 1, tout en avançant dans la rédaction de ma thèse, sous la direction de Jocelyne Dakhlia : « L'histoire sociale au prisme de la sociabilité masculine : séduction, méfiance et rapports d'honneur à Taez » (résumée ci-dessous).
Depuis 2003, je mène l’ethnographie d’un quartier de Taez, métropole régionale du Bas Yémen, dans laquelle je cherche à combiner une réflexion d’histoire sociale avec une anthropologie de la sociabilité masculine. Dans mes premiers travaux, cette articulation s’est opérée à la faveur de phénomènes urbains marquants, tels l’émergence d’un « tribalisme de quartier » (‘asâba), en maîtrise, puis en DEA la présence au cœur de la ville d’une population insaisissable de travailleurs migrants isolés, phénomènes que je m’efforçais d’inscrire dans la temporalité de l’histoire sociale et politique contemporaine. Profitant de la diversité de l’ancrage social constitué à travers ces premières enquêtes, j’ai voulu ouvrir dans ma thèse un questionnement plus transversal, centré sur la question de l’honneur dans les relations interpersonnelles et de ses mutations au fil de l’urbanisation. Je prends notamment pour objet les « amitiés électives », relations perçues (ou présentées) comme « improbables » parce qu’elles contredisent des principes de classification régionaux et familiaux, de voisinage ou d’origine sociale. J’appréhende de la sorte les transformations induites au cours du XXe siècle par l’ouverture du pays à l’économie de marché, accentuées dans les années 1970 par une émigration massive : l’afflux de devises bouleversait alors les anciennes hiérarchies, détruisant du même coup des solidarités dont l’absence se fait sentir dans la récession actuelle.

L’observation des relations inter-individuelles me permet d’esquisser une histoire sociale « par le bas », en identifiant les logiques qui sous-tendent la transformation des groupes sociaux. La dimension « genrée » de la symbolique sociale occupe ici une place privilégiée : la suspicion à l’égard des « relations particulières » s’exprime le plus fréquemment par des sous-entendus de déviance sexuelle. C’est en effet cette thématique qui est la plus à même de signifier l’infraction dont une telle amitié se rend suspecte, à l’égard des normes d’endogamie et de reproduction du lignage. L’approche ethnographique par la sociabilité masculine rejoint ici les thèmes travaillés par Jocelyne Dakhlia sur les rapports entre lignage, sexualité et légitimité politique, notamment à partir de l’examen du lien homosocial et de sa place dans les intrigues du Palais. Dans le cas de la société yéménite, c’est autour d’une tension comparable que s’organise l’antagonisme ancien entre les régions tribales des Hauts-Plateaux, régies par le principe lignager, et les régions d’agriculture sédentaire du Bas Yémen. Cet antagonisme est réactivé par la réunification conflictuelle entre le Nord et le Sud Yémen : c’est souvent à travers ce même schème sexuel que l’on dénonce, depuis Taez, les « arrangements » ménagés par le régime de Sanaa entre tribalisme et démocratie.

 
 
 

 

 

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