English



عربي
     

Bibliothèque

Le personnel du CEFAS

Venir au CEFAS

Appel à candidatures

- Le programme « Du Golfe arabo-persique à l'Europe  : entre violences et contre-violences »
François Burgat (CNRS/IREMAM-MMSH Aix-en-Provence)


Pluridisciplinaire, le projet s’efforce de varier les échelles et les terrains, joignant les ressources de l’analyse microsociale (biographies et trajectoires de militants, analyse de discours politiques mais également de littératures et poésies, notamment de prison, ainsi que de chants, de caricatures ou d’iconographies militantes) à celles de l’étude plus classique des structures politiques et des dispositifs législatifs et réglementaires nationaux et internationaux (législations restrictives et pratiques discriminatoires contre les étrangers ou les minorités, politiques anti-terroriste, oppositions politiques, flux migratoires transnationaux) dans des configurations idéologiques changeantes. En Iran ou en Arabie saoudite, au Yémen, dans le Golfe arabo-persique ou au Pakistan, l’instrumentalisation de la référence religieuse par les régimes et par leurs opposants s’opère dans des logiques comparables mais néanmoins très différenciées.

L’axe central du projet est de mener à bien une entreprise de contextualisation des violences que connaît le Moyen-Orient depuis le milieu du 20ème siècle ainsi que de ses diverses répercussions en Europe. Il organise une volonté centrale de cerner les effets d’occultation inhérents à une posture analytique et politique dominante que nous suggérons de construire, comme repoussoir de départ de notre démarche, en la représentant comme une « double dépolitisation ». La «sur idéologisation » (et, notamment, la «théologisation») de la lecture des trajectoires radicales constituerait une première forme de cette dépolitisation. Elle résiderait dans le fait d’attribuer au terrorisme une généalogie avant tout idéologique ou religieuse au détriment de toute matrice sociale, symbolique ou politique. Cette première dépolitisation implique une occultation voire une négation du rôle très central dans ces processus de radicalisation d’une autre forme de « dépolitisation », préalable ou primaire : celle des scènes politiques, interne ou internationale, du monde arabe, où la violence répressive interne et la militarisation de la diplomatie des grandes puissances jouent en quelque sorte « incognito » - c’est à dire sans quasiment jamais sortir des « coulisses » du politique - le rôle qui devraient échoir aux mécanismes institutionnels de la représentation parlementaire (dans les enceintes nationales) ou aux organisations internationales dans le règlement des conflits internationaux. Loin de toute variable politique ou sociale, à l’abri de tout examen des mécanismes de domination, le terrorisme, façade médiatique trompeuse des tensions multiples qui traversent les scènes politiques arabes, n’est encore trop souvent perçu en effet que comme le produit d’une pensée déviante. C’est l’occultation des violences initiales qui prépare donc le plus souvent le terrain à une « idéologisation » des comportements de rupture dont les causes sont trop exclusivement recherchées dans les référents ou le lexique politique des acteurs. Ce surinvestissement par l’approche sécuritaire du schéma explicatif du «contact», de l’« influence » ou de l’héritage idéologique au détriment de la prise en compte de la dépolitisation primaire et des mécanismes multiples de domination qui en résultent produit ainsi une « dépolitisation » secondaire qui conduit à faire porter à l’idéologie, à la religion ou la culture la responsabilité des tensions et des violences qu’elles concluent de plus en plus souvent.

La répression orchestrée par les États de la région étudiée (emprisonnements arbitraires, torture, disparitions etc.), les blocages économiques (y compris dans les pays disposant de revenus pétroliers élevés), la violence symbolique affectant la jeunesse, les minorités, les étrangers, les femmes, les travailleurs migrants, les phénomènes de dépolitisation des scènes intérieures ou internationales sont autant de phénomènes qui doivent donc être systématiquement réintégrés dans l’analyse.
A titre de contre-regard, l’étude se propose toutefois de prendre en compte certaines configurations où les conditions de la radicalisation de minorités ostracisées (chiites saoudiens, Akhdam yéménites par exemple) semblent réunies sans pour autant que celle ci ne se produise. L’étude du champ iranien doit également autoriser à explorer le contre champ d’une scène politique où se construit une rhétorique d’opposition et d’éventuelles trajectoires de radicalisation alors même que l’usage de la référence religieuse, (aussi bien dans sa destination identitaire interne que dans son instrumentalisation internationale « nationaliste ») est principalement appropriée par l’Etat.

La valorisation du projet se veut multiforme. Outre le projet central d’ouvrage collectif (« Les coulisses de la violence ») initialement prévu, nous souhaitons user des technologies facilitant l’interactivité et réduisant les délais de publication (blogs rassemblant les participants et mettant à disposition du public nombre de matériaux : entretiens, films, photos etc.), l’audiovisuel (films documentaires) et la photographie (expositions). Un atelier centré sur la thématique de la dépolitisation rassemblera le 2 juillet 2008 l’ensemble des participants à l’IREMAM à Aix-en-Provence. Cette journée permettra à chacun de présenter l’avancement de ses travaux mais aussi de préciser encore davantage le cadre analytique du projet.

*Activités scientifiques pour l’année 2007 et repères pour l’action en 2008 :*

+ François Burgat a pu mener deux missions exploratoires au Yémen et en Iran sur le terrain de la configuration de l’instrumentalisation étatique de la référence religieuse (Iran) de la théologisation d’un conflit « moderne » (affaire al-Huthi dans le nord du Yémen). Il poursuivra au cours de l’année 2008, en collaboration avec Bjorn Uvik, son exploration du terrain iranien en tant qu’archétype d’un champ politique où l’affirmation islamique est systématiquement investie par l’Etat.
+ Pascal Ménoret poursuit activement sa thèse sur la socialisation politique des jeunes en Arabie saoudite au point que sa soutenance vient d’être programmée pour le mois novembre 2008. Sa recherche inclut tout particulièrement des formes de stigmatisation des jeunes autres que classiquement politiques. Elle l’a notamment amené à documenter l’épisode fondateur des violences « islamistes » qu’a été en Arabie saoudite la prise de la grande mosquée de La Mecque par Juhayman al-Utaybi en 1979 (Pascal Ménoret, « Fighting for the Holy Mosque. The 1979 Mecca insurgency », /in/ Christine Fair et Sumit Ganguly (dir.), Treading on Sacred Ground. Counterinsurgency Operations in Sacred Spaces, Oxford University Press, New York, 2008). En collaboration avec Yannis Khemiri, il collecte la littérature carcérale. PM a participé à plusieurs colloques et séminaires internationaux, notamment au Caire, à Amman, à Riad et à Paris et a présenté en mars 2008 à la MMSH à Aix-en-Provence puis à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée à Lyon une exposition photographique sur "l'Arabie politique".

+ Laurent Bonnefoy a soutenu sa thèse le 23 octobre 2007. Sa rémunération contractuelle de post-doc a débuté le 1er novembre 2007 par le biais d’un recrutement pour une durée de 19 mois. Laurent Bonnefoy s’est installé au Yémen où il travaillera pendant deux années complètes. Il approfondira et élargira une thématique abordée dans le cadre de sa thèse sur le salafisme au Yémen et sur ses liens avec l’Arabie Saoudite. Il a également participé dans ce cadre à différents colloques (Institut universitaire européen de Florence, King’s College de Londres et Radboud University à Nijmegen) et a pu poursuivre ses activités éditoriales (notamment contributions dans des ouvrages sur les mouvements islamistes au Yémen et sur la figure d’al-Zarqawi en Iraq).

+ Yahya Michot (Université d’Oxford, faculté de théologie), nouveau participant, analyse les discours et les dispositifs de communication d’un échantillon d’acteurs britanniques de la scène islamiste radicale et le lien entre leur mobilisation et les événements politiques dans la région du Golfe arabo-persique.

+ Yannis Khemiri, doctorant à l’INALCO, a effectué au début de l’année 2008 un séjour d’étude en Arabie Saoudite pour reprendre sa collecte de données dans le domaine de la littérature politique.

+ Hélène Thiollet, qui a soutenu sa thèse le 15 décembre 2007, se consacrera alors au volet migratoire du programme. Elle complètera l’observation des conditions de travail de la main d’œuvre migrante dans l’espace Erythrée-Péninsule-Pakistan et analysera notamment les effets de la dépolitisation de ces travailleurs et leurs modes de mobilisation.

+ Julien Dufour, qui a également soutenu sa thèse en décembre 2007, effectuera prochainement une mission au Yémen en vue de collecter des documents sur les dimensions politiques de la poésie tribale.

 
 
 

 

 

Bayt al-Ajami, 14 rue du 26 Septembre
B.P. 2660 - Sanaa (YEMEN)
Tél : [967] (1) 275 417- Fax : [967] (1) 270 725

Ambassade de France à Sanaa
Ministère des Affaires Etrangères
128 bis, rue de l'Université
75351 Paris 07 SP


Direction : jlambert@cefas.com.ye
Administration : cefas@cefas.com.ye
Bibliothèque : sgiraud@cefas.com.ye

Webmaster : yfarhan@cefas.com.ye