- Mission de prospection archéologique et epigraphique dans la région de Haut-Yafi‘ et dans la région d'al-Baydâ'
Iwona Gajda (CNRS, Institut des Etudes Sémitiques-Collège de France).
Rapport de la première campagne : avril-mai 2006. Présenté par Iwona Gajda et Jérémie Schiettecatte.
Membres de la mission
-Iwona G ajda, responsable de la mission, épigraphiste et historienne, chargée de recherche au CNRS, UMR 7119 « Laboratoire d'études sémitiques anciennes », Institut d'Études Sémitiques, Collège de France
-Jérémie Schiettecatte, archéologue, Centre français d'archéologie et de sciences sociales de Sana'a (CEFAS)
-Mounir Arbach, épigraphiste et historien, chargé de recherche au CNRS, IREMAM, Aix-en-Provence.
-Ahmad Bataya, archéologue, professeur à Université d'Aden
Nous étions accompagnés de
-Khaled al-Hajj représentant l'Organisation générale des Antiquités et Musées
-Mohammed Salim, Directeur des Antiquités du Gouvernorat de Lahej (pendant la prospection dans le Haut Yafi‘)
-Salim Ahmad al-Mansur et Husayn Ali Fuj‘um représentant la Direction des Antiquités du Gouvernorat d'Abyan (pendant la prospection dans la région à l'est d'al-Baydâ')
Prospection archéologique et épigraphique dans la région du Haut-Yafi‘
Nous avons prospecté la partie de la région méridionale du Haut-Yafi‘ qui n'avait pas été explorée auparavant. Nous avons visité plusieurs sites déjà connus dans la partie septentrionale, al-Hadd.
La prospection a débuté dans la partie méridionale du Haut-Yafi‘ jamais explorée auparavant, notamment dans la région de Lab‘ûs, al-Maflahî, Âl Yûnis, Mashâ'la, al-Habilayn (Fara‘a et Mahlâ Rahwat an-Najd), Thuqaym, jabal Yazidî, le wâdî Dawl. Nous avons relevé plusieurs sites de l'âge de bronze. La région a été habitée à l'époque sudarabique, comme le prouvent plusieurs petits vestiges épars, une inscription mentionnant des toponymes locaux et plusieurs témoignages des habitants attestant la présence d'inscriptions et de vestiges architecturaux qui auraient été enlevés lors de récents travaux de construction. En effet, l'urbanisation intensive d'une grande partie de cette zone durant les dernières décennies a porté un grave préjudice aux perspectives de recherches archéologiques et épigraphiques.
En revanche, la région d'al-Hadd, partie septentrionale du Haut-Yafi‘, notamment les environs de Banî Bakr, est particulièrement propice aux recherches archéologiques.
Cette région a déjà été prospectée par Mohammad A.Bafaqih et Ahmad Bataya‘, puis par la mission dirigée par Christian Robin, à laquelle ont participé plusieurs membres de notre mission actuelle : Iwona Gajda, Mounir Arbach et Ahmad Bataya. La région est riche en vestiges de l'époque sudarabique, à commencer par le site d'habitat de Hadîm, plusieurs inscriptions sudarabiques, des fragments architecturaux, une remarquable tête de statue en albâtre. Ces vestiges prouvent que la région d'al-Hadd a connu un développement particulier à partir du tournant de l'ère chrétienne. Elle était alors contrôlée par la puissante famille de Ma‘âhir et de dhû-Khawlân qui joua un rôle important sur la scène politique de l'Arabie du Sud durant les premiers siècle de l'ère chrétienne.
L'étude de cette région est particulièrement intéressante pour la compréhension des transformations politiques, sociales et économiques qui débutent vers le tournant de l'ère chrétienne et de leur impact sur le développement des communautés sédentaires sur les Hautes-Terres yéménites. Le déplacement des centres du pouvoir du pourtour du désert vers les Hautes-Terres, l'avènement des grandes tribus, le déclin du royaume de Qatabân et la montée du royaume de Himyar sont autant de grands bouleversements qui changent le paysage géo-politique et social de l'Arabie du Sud.
De cette même époque semble dater un développement extraordinaire des systèmes d'irrigation sur les Hautes-Terres, se différenciant des systèmes hydrauliques créés au débouché des grands oueds sur le pourtour désertique, plus anciens de plusieurs siècles.
Le but de notre mission est d'étudier le lien qui peut être établi entre ces transformations sociopolitiques et les changements des modes d'occupation du sol, ainsi que leur influence sur le milieu naturel.
Dans cette perspective le choix du site archéologique s'impose tout naturellement. Hadîm (l'antique Hadû) est un chef-lieu de la région et de familles seigneuriales puissantes dont sont issus certains rois de Himyar. Le site doit être étudié en lien avec son milieu naturel. Les vestiges de systèmes d'irrigation sont encore préservés dans la région. Des prospections parallèles aux fouilles archéologiques devraient permettre d'apporter plus de renseignements sur l'irrigation et sur les voies de communication antiques.
Prospection dans la région à l'est d'al-Baydâ' commencée lors de notre mission en 1997
Nous avons achevé la prospection dans la région à l'est d'al-Baydâ' commencée lors de notre mission en 1997. Nous en publierons les résultats prochainement.
Découverte de deux inscriptions commémorant la construction d'un chemin antique à Ra's Bura‘
Grâce aux renseignements de Khaled al-Hajj nous avons découvert une inscription rupestre de Yada‘ab Dhubyân fils de Shahr, roi de Qatabân régnant vers le IV e siècle avant l'ère chrétienne. L'inscription gravée sur un rocher commémore la construction d'un chemin de montagne. Un chemin aménagé qui reliait autrefois les hauts-plateaux à la plaine côtière et au Yafa‘ passe effectivement au pied de la roche. D'après les habitants des environs, il était utilisé par des marchands venant du Yafî‘ jusque dans les années 1970.
L'inscription du roi (portant le titre de mukarrib ) de Qatabân est accompagnée de l'inscription des qayls (princes) de la tribu de Madhî qui ont supervisé l'exécution des travaux.
Ces textes confirment l'extension du royaume de Qatabân jusqu'à la plaine côtière au IV e siècle avant J.-C. et sa puissance à cette époque.
Le second texte est d'une importance capitale pour notre compréhension des institutions politiques dans les Hautes Terres, car il atteste pour la première fois l'existence du système de la qiyâlat (du nom de titre qayl ) dès le IV e siècle avant J.-C. dans le royaume de Qatabân, là où nous n'avions qu'une attestation dans le royaume de Sam‘y ( CIH 37). Ce système semble donc propre aux Hautes-Terres bien avant sa pérennisation sous le règne des rois de Saba' et dhû-Raydân, à partir du I er siècle de l'ère chrétienne.
Perspectives. Collaboration avec la Mission Qatabân
Le présent rapport a été établi directement après la mission, au mois de mai 2006. Nous projetions alors une fouille franco-yéménite, en étroite collaboration avec nos collègues yéménites sur le site de Hadîm, l'antique Hadû dans le Haut Yafi‘.
Après notre retour de terrain et une concertation avec le responsable de la Mission Qatabân, Christian Robin et l'archéologue en chef de cette mission, Hédi Dridi, nous avons décidé de remettre notre projet des fouilles sur le site de Hadîm à plus tard et de rejoindre cette équipe pour présenter ensemble un projet archéologique d'envergure en 2007.