- Mission archéologique française dans le Jawf-Hadramawt
Anne Benoist (CNRS/ArchéOrient Lyon)
Comme chaque année, une campagne de fouilles et de prospection a été réalisée par la Mission Archéologique Française Jawf – Hadramawt dans la région de Makaynûn, en janvier-février 2008. Ses activités se sont orientées autour de deux axes de recherches principaux :
Des fouilles et des prospections complémentaires ont été effectuées sous la direction de R. Crassard sur des sites préhistoriques du wadi Wa’sha. Cinq tranchées de fouilles ouvertes sur le site néolithique HDOR-419 ont permis de réunir une importante collection d’outils lithiques (24 000 pièces répertoriées), qui se distribuent sur sept niveaux stratifiés (fig. 1). Leur répartition dans les différents niveaux permet d’ores et déjà d’ébaucher une première chronologie relative des productions en silex de la période néolithique : à terme, cette chronologie sera précieuse pour dater les nombreux sites de surface répertoriés dans la région et esquisser une évolution de l’occupation humaine durant cette période. Des échantillons de charbon ont été collectés dans chaque niveau, et permettront de replacer cette chronologie dans le temps. Des éléments de parure en coquille et en albâtre d’un type inédit ont été découverts dans plusieurs niveaux (fig. 2). La prospection associée aux fouilles a permis de localiser la source de matière première la plus probable de certaines productions, et complète notre étude de la gestion des gisements naturels par les communautés humaines.
Sur le site de Makaynûn, la fouille d’un bâtiment découvert en 2006 a été complétée (fig. 3). Il s’agit vraisemblablement d’un bâtiment public, installé dans la zone centrale du site durant la phase finale de son occupation (IIe-Ier siècles av. J.‑C.). Ce bâtiment, qui s’organise autour d’une grande salle munie de piliers, a fourni un assemblage d’une richesse exceptionnelle, qui témoigne de l’intégration du site dans les courants d’échanges interrégionaux : on y rencontre des objets issus d’autres régions du Yémen (vases et statuettes en albâtre), mais également des régions d’Arabie Orientale (bol en stéatite similaire aux productions de Mleiha), ou d’Inde (peigne en ivoire décoré : fig. 4). Le matériel forme un assemblage assez curieux, qui nous semble traduire la tenue de cérémonies d’un genre particulier à l’intérieur de l’édifice : des objets de luxe (nombreux éléments de parure : perles, miroirs, récipients portant des traces de kohol ou de colorant rouge, grandes coquillages décorés, etc., statuettes, monnaies en bronze) y voisinent avec des objets à caractère religieux (nombreux brûle‑encens, dont un en bronze, d’un type inédit dans la région : fig. 5), et avec des éléments qui pourraient indiquer la pratique sur place ou à proximité immédiate de sacrifices animaux (quantité importante d’ossements de chameaux et de couteaux trouvés in situ sur les sols). L’analyse du mobilier fournira sans doute un certain nombre d’éléments inédits relatifs à la fonction de ce type de bâtiments, que l’on rencontre sur d’autres sites du Yémen, souvent à proximité des grands temples, mais qui sont encore peu explorés. Finalement, le mobilier céramique, abondant et peu fragmenté fournit une collection de référence importante, qui permet de documenter une phase chronologique ignorée jusqu’alors sur le site.

Figure 1: brûle-encens en bronze trouvé dans le bâtiment G .