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Progamme ZABID

- Programme de la mission linguistique 2008 sur la dialectologie du mehri et hobyot dans le Mahra
Marie-Claude Simeone-Senelle - http://mcsimeone.over.blog.com

Mission du 23/11/2007 au 14/12/2007


Programme Mer Rouge - Océan Indien
Mission entièrement financée par le CEFAS (1 Je tiens à exprimer mes remerciements à Jean Lambert, son directeur, et à toute l’équipe du CEFAS qui a fait toutes les démarches et obtenu toutes les autorisations avant mon arrivée faisant ainsi gagner un temps précieux à la mission.), au départ de Djibouti. Lors du séjour dans le Mahra (du 25/11/08 au 10/12/2008), j’ai travaillé à al-Ghayda et dans la région orientale : à Jadib, Rehen, Abri de Hawf, Hawf et dans la montagne « hobyot » au dessus de Hawf pendant quatre jours. Les enquêtes de terrain, toutes les vérifications des textes de littérature mehri et celles en lien avec le dictionnaire dialectologique de mehri, élaboré ensemble, ont été menées avec mon collaborateur Sabri Mohammed Bakheit, originaire de Qishn. Sans lui, aucune de ces missions n’auraient pu aboutir et je tiens à lui exprimer ma reconnaissance et mes remerciements. Les recherches ont porté essentiellement sur le mehriyot, variété parlée à l’est du Mahra, différente du parler de la région à l’ouest de ras Fartak et du mehri du Dhofar (étudié par T.M. Johnstone), et sur le hobyot, découvert dans les années 80, parlé essentiellement au Yémen, sur la frontière avec Oman et dont le statut de langue n’a été prouvé que dans les années 1990. Outre les vérifications des données enregistrées lors de la mission précédente (novembre/décembre 2006), de nouveaux enregistrements ont été faits.

1°) En hobyot : (trois informateurs principaux adultes dont une femme, et trois enfants (17-7 ans) dont une adolescente). Le relevé de vocabulaire, de morphologie et de syntaxe a été fait aussi dans l’optique de travailler sur la phonétique et la phonologie de cette langue et d’enrichir la grammaire en cours d’élaboration. Le vocabulaire alimente la base lexicale (traité sous shoe-box) destinée au dictionnaire de hobyot qui se constitue. Les données permettent aussi d’établir des comparaisons, de déterminer les interférences avec les deux autres langues en contact: le mehri dans sa variété mehriyot et le jibbali (les Hobyot différencient deux parlers jibbali : JHIri et eHkili). Les comparaisons avec les données recueillies en 1994, sur le hobyot du village de montagne de Hedemet, permettent d’évaluer l’évolution de la structure de la langue, évolution liée à des facteurs internes et externes.
Le recueil d’informations inédites d’ordre sociolinguistique et culturel permet de mieux cerner cette petite communauté dont on sait très peu à ce jour.

2°) En mehriyot (six informateurs principaux, dont une femme) Le lexique a surtout été enrichi de nombreux toponymes et de termes liés au vocabulaire halieuthique. Les relevés en morphologie ont concerné les conjugaisons verbales, les pronoms indépendants et dépendants, les pluriels nominaux, les déictiques. En syntaxe, l’enquête s’est intéressée à l’expression de la négation et à la construction des verbes trivalents. Le mehriyot de Rehen a attiré l’attention (suite aux données de A. Sima, 2004) car il porte la marque des contacts avec le hobyot. Une étude approfondie s’avère nécessaire et revêt un caractère d’urgence. Une partie seulement de ces enregistrements a été transcrite, glosée et traduite avec les informateurs mehriyot et hobyot. Le temps a manqué pour que les sept heures enregistrées soient entièrement décryptées et traduites (il faut en moyenne 3 heures de travail par minute d’enregistrement). Ce sera une partie du travail à mener lors de la prochaine mission en 2008.

Au terme de cette mission et au vu des premiers résultats, on constate que la mise en danger de toutes les langues sudarabiques s’accélère à un rythme impressionnant. Leur sauvegarde passe avant tout par l’étude intensive et extensive de chacune d’entre elles, y compris, et surtout, celle de leurs différences dialectales. Plus on connaîtra les dialectes mieux on accédera à une connaissance approfondie des langues considérées. Le recueil de textes (genres littéraires traditionnels mais aussi récits de vie et de techniques) est aussi primordial, il doit se faire selon une approche linguistique rigoureuse (comportant au minimum transcription, glose, traduction). Il s’agit d’éviter de confiner ces textes dans ce qu’il est convenu d’appeler le folklore, tout en restituant, aux textes et aux valeurs culturelles qu’ils véhiculent, toute leur complexité et leur richesse pour les rendre accessibles en profondeur aux générations futures. Ces recherches, qui revêtent un caractère d’urgence, doivent être menées conjointement et simultanément sur toutes les langues (trois sont concernées au Yémen), car de par leur proximité linguistique et leur contexte historique commun, elles forment une unité et contribuent toutes, et au même titre, à la richesse du patrimoine yéménite.

LES CONTACTS SCIENTIFIQUES
A al-Ghayda, avec le département des langues de l’Université du Mahra et du Hadramawt, dont le Recteur est le Dr. Saleh Qamzawi. Un programme de conférences, d’échanges et de collaboration est envisagé. A Sanaa : Entrevue avec Jean Lambert portant sur l’édition de l’ouvrage Les langues sudarabiques parlées au Yémen : mehri, hobyot et soqotri. Visite du Centre National de conservation de la musique yéménite, dont le directeur Dr. Jaber ‘Ali Ahmed, envisage d’étendre l’archivage aux langues et dialectes yéménites.
Entrevue lors d’un déjeuner avec Monsieur Gilles Gauthier, Ambassadeur de France. Sont abordés le projet Histoire et dynamique du peuplement au Yemen : l’apport de la génétique et de la linguistique (J.-M. Dugoujon (CNRS) et M.-Cl. Simeone-Senelle), et la sauvegarde des traditions orales du soqotri auquel s’intéresse beaucoup l’ambassade de France.

PERSPECTIVES 2008

La prochaine mission, d’une durée prévue 3/4 semaines (selon les moyens accordés), en octobre en novembre 2008.
Lieux de la mission : Sanaa, Al-Ghayda et région orientale du Mahra, jusqu'à Jadib-Hawf et villages environnants en région hobyot, dans la montagneMission financée par le CEFAS
Programme scientifique :
La mission s’inscrit comme les précédentes dans le programme Mer Rouge - Océan indien (cf. Programme déposé au CEFAS en août 2005) et qui a parmi ses objectifs prioritaires la description des langues sudarabiques modernes parlées au Yémen, pour accéder à une meilleure connaissance de la famille sémitique dans son ensemble et pour sauvegarder des langues en grand danger de disparition.
Le programme original de 2005 prévoyait pour cette année 2008 une mission dans l’île de Soqotra pour une enquête dialectologique. Mais les données recueillies en novembre-décembre 2007 ont mis en évidence l’urgence de décrire de la façon la plus exhaustive possible les parlers hobyot.
Le hobyot, découvert tardivement par la mission française au Yémen, n’a encore jamais fait l’objet de description approfondie. L’ouvrage dont je suis l‘auteur Les langues sudarabiques parlées au Yémen, qui va être édité par le CEFAS avant la fin 2008 sera le premier dans lequel tout un chapitre est consacré exclusivement au hobyot. C’est parmi les langues sudarabiques la moins connue et la plus menacée (peut-être avec le bathari parlé en Oman).

Il s’agira avant tout de :
1) terminer le dépouillement des données enregistrées en 2007 dans la région de Hawf (des problèmes techniques en ont ralenti, voire empêché l’analyse sur place, la seule possible et scientifiquement valable).

2) faire des relevés complémentaires pour comparer les parlers de la montagne réputés comme plus «purs» à ceux des villages côtiers de Hawf et Rehen. En particulier à celui parlé à Rehen qui révèle des traits originaux dus à la fois à l’origine de ses locuteurs et aux contacts (très intenses) avec le mehri de Jadib (cf. rapport de mission 2006 et 2007).
3) L’enquête menée à Rehen ne peut faire l’impasse sur la variété de mehri (mehriyot) largement influencé par les contacts avec le hobyot et en évolution constante. Le travail sur le hobyot est un apport important à la connaissance du groupe linguistique auquel il appartient et à celle de l’évolution des langues, il est aussi lié aux recherches sur l’histoire des populations de la région (programme Dugoujon & Simeone-Senelle).

4) Le séjour à al-Ghayda sera mis à profit pour vérifier avec mon collaborateur (M. S. M. Bakheit) et mettre à jour le dictionnaire dialectologique du mehri qui est en cours. Une conférence est prévue à l’Université du Mahra et de l’Hadramawt, au département des Lettres.

5) Le séjour à Sanaa permettra d’établir les contacts et les échanges avec les collègues du CEFAS, du Centre de Recherches yéménites et du département de linguistique de l’université de Sanaa.

 

 
 
 

 

 

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