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Progamme ZABID

- Recherches paléontologiques et paléoanthropologiques dans la Tihama
Roberto Macchiarelli, Stéphane Peigné (Equipe Paléoanthropologie et Paléobiologie numériques, UMR CNRS 6046-Lab. GBPH, Université de Poitiers), Alfredo Coppa (Université La Sapienza de Rome)


La mission de recherche archéologique de 2008 près de Khamis beni Sad (Wadi Surdud) s’est déroulée du 4 au 24 février. L’équipe scientifique internationale du projet Paleo Y, était composée de : P. Bertrand (Géologue, INRAP, Pessac, France), S. Boulogne (Topographe, INRAP, Pessac, France) M. Brenet (Archéologue, INRAP, Pessac, France), R. Crassard (Archéologue, post-doc a l’Université de Cambridge, UK), A. Delagne (Archéologue, CNRS, Université de Bordeaux 1, France, responsable scientifique des fouilles du site SD), J. Jaubert (Archéologue, Université de Bordeaux 1, France, responsable scientifique des fouilles du site SD20, L. Khalidi (Archéologue, post-doc a l’Université de Nice Sophia Antipolis, France), R. Macchiarelli (Paléoanthropologue, Université de Poitiers et MNHN Paris, France, directeur du projet Paleo Y), E. Messager (Paleobotaniste, post-doc MNHN Paris, France), L. Sitzia (Géologue, étudiant en Master en Préhistoire à l’Université de Bordeaux 1, France), C. Thibaut (Archéologue, collaborateur, UMR 5199-PACEA à l’Université de Bordeaux 1, France), C. Tribolo (Géochronologue, Université de Bordeaux 3, France). Le GOAM a été représenté par les inspecteurs Mohammed al Halabi, Ahmed Mosabi, Himyar Murad et Mohammed Ahmed Qasam).

Trois axes de recherche principaux ont été développés durant cette mission : (i) l’extension des fouilles du site de Shi’bat Dihya 1 (SD1) ; (ii) la caractérisation préliminaire du site Shi’bat Dihya 2 (SD2) et (iii) l’étude géologique et archéologique ainsi que l’échantillonnage et l’affleurement des sédiments dans les environs de Wadi al Sharj (SH).

(i) Shi’bat Dihya 1 (SD1) se situe le long de la route reliant Bajil à Khamis beni Sad, à environ 10 km de ce dernier, à 365 m de d’altitude. Ce vaste site du Moyen Paléolithique, découvert en décembre 2005, a fait l’objet de fouilles préliminaires par notre équipe en décembre 2006. Il se caractérise par une fine couche anthropique (entre 6 et 10 cm) de sédiment compact argileux et vaseux, intact pour la plus grande partie, et riche en artefacts lithiques. Suite aux travaux déjà effectués, un ensemble de 1.059 artefacts lithiques et 13 fragments de restes animaux ont été collectés sur une surface de 6 m². Lors de la récente mission, la zone prospectée a été étendue à 25 m² et environ 4500 outils et fragments de restes animaux ont été découverts in situ.

L’assemblage lithique consiste en majeure partie de copeaux (type Levallois) et de lames allongées de roches volcaniques. Ces artefacts illustrent l’ensemble de toutes les étapes de la séquence au Moyen Paléolithique telle qu’elles ont été réalisées sur ce site à partir de pierres de lave disponibles localement. La faune est représentée par des dents, des fragments de dents et des fragments d’os brûlés d’équidés et de bovidés les plus représentés que l’on ait identifié jusqu’à présent. Avant leur déplacement, les coordonnées spatiales en 3D de chaque spécimen ont été enregistrées électroniquement au moyen d’une station topographique totale.

Le potentiel d’extension de SD1 est actuellement estimé à environ 2000-2500 m², faisant clairement de dernier le site paléolithique le plus significatif – tant quantitativement que qualitativement - dans le contexte chrono-statigraphique découvert jusqu’à présent en Arabie du Sud.

Suite à des analyses préliminaires effectuées en 2007 à l’Université de Bordeaux, sept blocs de sédiments supplémentaires ont été prélevés afin de préciser la chronologie de ce site au moyen de datations radiométriques (OIS, i.e., "Oxygen Isotopes Stages"). La mesure OIS 5a-4 indique une fenêtre chronologique entre 84,000 et 74,000 ans (fourchette large et provisoire, en attente d’analyses complémentaires).
(ii) Shi’bat Dihya 2 (SD2) est situé juste en face de SD1, sur le coté opposé du même affluent raviné que le fleuve Surdud. Ce site, identifié au cours d’une brève étude menée en avril 2007, et qui est assez riche en objets lithiques, présente un intérêt notable car nous estimons qu’il est apparemment plus récent que SD1. On a trouvé une partie de la strate du Moyen Paléolithique incluse dans un bloc de sédiment vaseux qui avait été séparé du principal affleurement sous l’effet de l’érosion ; aussi, une collecte systématique des artefacts de surface a été réalisée au préalable afin d’empêcher leur dispersion et leur destruction,  Dans l’ensemble, plus de 1000 outils lithiques ont été recueillis sur ce site. En outre, nous avons prélevé 3 blocs de sédiments pour des analyses radiométriques et 24 échantillons pour faire des recherches géo-paléoenvironnementales.

(iii) L’étude géologique de l’affleurement des sédiments dans les environs de Wadi al Sharj (SH), qui révèle une alternance de couches vaseuses, sableuses et argileuses et de couches carbonées, a permis de comprendre les dynamiques générales et les procédés qui ont déterminé le remplissage, l’érosion et le re-remplissage du bassin, comme ce qui s’est sans doute produit lors des derniers cycles interglacials et glacials (couche d oxygène isotope 5e- 4/3).

Il est clairement établi que dans les régions du Piémont tout comme dans la région entre Khamis beni Saad et Bajil, l’érosion prévaut largement sur le gisement. Ainsi la présence des affleurements résiduels d’Al SHarj, ayant préservé certains sites préhistoriques, est assez rare le long des pentes qui assurent la transition entre les Hauts Plateaux et la bande côtière du Tihama. 

Afin de procéder à l’analyse préliminaire de ce complexe, qui présente un important intérêt préhistorique et paléo-environnemental et qui s’étend à plus de 1 km², nous avons creusé une tranchée de 42 pas d’environ 50 cm chacun, et nous avons échantillonné systématiquement la plus grande partie NW de l’affleurement principal à une hauteur de 30 m (L13). Une couche anthropique distincte, probablement plus récente que SD1 et SD2 a été découverte au pas 18, au niveau de la partie supérieure de la séquence sédimentaire qui s’arrête à environ 394 m. La présence sporadique d’artefacts supplémentaires du Moyen Paléolithique a été enregistrée à des niveaux variés de la séquence, ce qui valorise la zone pour les futures recherches préhistoriques.

Dans de l’Arabie du Sud Ouest, le bassin sédimentaire de Al Sharj offre l’unique opportunité de reconstruire précautionneusement les fluctuations paléo-climatiques et les dynamiques paléo- environnementales afférentes dans un contexte d’envergure continental au travers des périodes clés de 50 à 80 kyr, considérées comme une période cruciale pour l’expansion hors Afrique de l’homme préhistorique moderne. Ainsi, nous avons collecté à partir de ces affleurements, un total de 5 blocs de sédiments pour des analyses radiométriques et 51 échantillons de sédiments pour des recherches géologiques et paléo-environnementales variés (isotopiques et paléobotaniques) et nous les avons envoyé à différents laboratoires de recherche en France.

Une nouvelle étude des régions avoisinantes est prévue pour cet automne.

 
 
 

 

 

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