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Première table ronde à Sanaa en novembre prochain
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Un projet de recherche sur les questions du genre et des transformations à l’œuvre dans la péninsule Arabique et la Corne de l’Afrique en terme de changements sociaux, de mobilités mais aussi d’approches et d’objets d’étude.
Responsables
Blandine Destremau, sociologue, chercheure au Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE – CNAM / CNRS)
Stéphanie Latte Abdallah, historienne et politologue, chercheure à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM-CNRS) à Aix-en-Provence
Michel Tuchscherer, historien, professeur à l’Université de Provence et directeur du CEFAS
Le CEFAS souhaite constituer un réseau de chercheurs en sciences sociales travaillant sur les pays de la péninsule Arabique et de la Corne de l’Afrique autour du thème des « Transformations dans le genre » tant en termes d’objets d’études émergents que d’approches méthodologiques ou théoriques nouvelles, que des diverses formes du changement et des mobilités (sociales, géographiques), ou encore de discours ou d’interventions à déconstruire qui défendent une vision du changement ou du progrès social (tel que le développement). Ce projet a aussi comme vocation de mettre en place un espace de débat incluant des chercheurs de différents horizons (de France, d’Europe, de la péninsule Arabique, de la Corne de l’Afrique et d’ailleurs) et aussi de diverses disciplines. Il sollicite en effet la participation tout autant de sociologues, d’anthropologues, de politistes ou d’économistes que d’historiens du contemporain et du temps présent à même de travailler sur les changements survenus depuis le milieu du XXème siècle jusqu’à présent. Il entend aussi développer des partenariats avec des centres de recherche et des institutions universitaires, en particulier dans la péninsule Arabique et la Corne de l’Afrique.
Objectifs du colloque
« Transformations dans le genre en péninsule arabique »
Dans ce cadre, le centre lance un projet de colloque sur le thème « Transformations dans le genre en péninsule arabique ». Il prend appui sur diverses activités conduites par le CEFAS autour de cette problématique. Il entend, à partir d’axes thématiques permettant de cadrer le questionnement, faire un état des lieux des recherches encore bien peu nombreuses sur le genre dans les pays du Golfe, de la péninsule Arabique (au Yémen, au Koweït, en Arabie Saoudite, aux Emirats Arabes Unis, à Bahrayn, à Oman, au Qatar) et de la Corne de l’Afrique (Djibouti, Ethiopie, Erythrée, Somalie).
A travers cette problématique, nous entendons tout à la fois travailler sur les changements sociaux et les mobilités sociales et spatiales, sur les lieux ou parfois les espaces émergents, alternatifs de ces changements (espaces de travail, du savoir, de sociabilités ancrés dans les villes ou les territoires ou bien virtuels, associations, ONG…etc.), tout en donnant une approche plus théorique engageant une réflexivité méthodologique sur les présupposés, les pratiques et les concepts employés quand on aborde la question du genre, particulièrement dans cette région.
Le colloque aura comme objectif la publication d’un dossier dans la revue du CEFAS et éventuellement d’autres publications dans les revues des centres de recherche de la Péninsule et de la Corne de l’Afrique associés au projet.
Axes de recherche
Cinq entrées thématiques guideront cette réflexion à partir des travaux de recherche conduits par les participants. Inscrites dans un travail empirique, les contributions au colloque devront aussi faire l’effort de réflexivité sur leurs présupposés, leurs outils et leur méthode, autour d’une des questions ou perspectives suivantes choisie comme axe préférentiel.
1- Des perspectives méthodologiques : approches interactionniste, relationnelle et biographique
On portera l’attention sur les interactions sociales observées sur le terrain. Tout d’abord, on comprendra le genre comme une construction sociale qui implique l’interaction de féminités et de masculinités. Une perspective interactionniste au sein de laquelle les relations entre les sexes sont placées au cœur de l’analyse. Si la plupart des travaux concerneront les femmes, des études sur les masculinités seront aussi sollicitées. Surtout, il s’agit de réfléchir en termes de constructions conjointes des itinéraires et subjectivités féminines et masculines. On analysera les relations diversifiées et évolutives dans lesquelles les femmes sont inscrites, celles qui impliquent leur environnement immédiat (famille, voisinage, employeurs / employés, etc.), mais aussi des instances et institutions plus lointaines (autorités publiques, bailleurs de fonds, ONG..), et des lieux de sociabilités et de convivialités (espaces de travail, universités, cafés, sites internet, associations, fondations religieuses…etc.). On part ainsi de l’idée que ces relations, multiples et diversifiées, forgent les subjectivités féminines en leur conférant divers statuts, ressources, possibilités de choix, opportunités d’action, qu’elles induisent ou produisent aussi de manière contrainte (obligations, normes, pouvoir), dans le cadre desquels les femmes se posent comme actrices et sujets. Ces relations se situent dans le cadre de la famille (fille, mère, épouse, grand-mère…), du travail, de l’université, de l’espace public, du territoire local, des règles légales ou coutumières. Elles se posent en obligations, réciprocités, dettes, transactions et contrats mais aussi de sociabilités, de convivialités et de liens affectifs. Elles évoluent avec le temps de l’histoire et le temps des cycles de vie. Elles s’articulent entre elles et sont vécues différemment selon le cadre politique, social, culturel, et personnel dans lequel prend place l’existence de ces femmes.
Les trajectoires et parcours de vie qui traduisent la capacité d’agir (agency) et les ressources dont disposent les femmes, leur propre réflexivité, leurs aspirations, leurs appréciations des choix possibles et des coûts qu’ils peuvent induire. Les trajectoires et parcours de vie intègrent également des déterminants sociaux liés aux rôles sociaux et familiaux et aux âges de la vie, en articulation avec les politiques publiques et les interventions pour le développement. Celles-ci peuvent cibler ou favoriser les petites filles, les jeunes femmes éduquées, les femmes plus âgées, etc. Cette entrée thématique pose donc comme perspective préférentielle la biographie, ou l’unité micro-sociologique, et l’échelle temporelle d’une ou de plusieurs générations.
On questionnera la pertinence de ces choix méthodologiques dans différents contextes et leurs effets. On se demandera quelles sont les relations postulées, constatées dans les travaux de recherche, quelles sont les dimensions normatives qui les imprègnent et comment analyser, déconstruire ces normes implicites ou explicites (domination, résistance, négociations…etc.).
2- Un langage et des interventions visant le changement et les mobilités sociales : le développement
Dans la Péninsule, particulièrement au Yémen, pays pauvre, les « questions de genre » sont aujourd’hui des domaines dans lesquels se déploie une intense activité visant « le développement » social et économique des femmes, la lutte contre la pauvreté, l’empowerment ou d’autres formes de « changement social ». De même les politiques de coopération bilatérales ou multilatérales et les programmes initiés par des fondations ou associations tendent, de façon croissante depuis une vingtaine d’années, à cibler les femmes En tant que mères, éducatrices de leurs enfants (et à ce titre promotrices de santé et d’éducation), en tant que citoyennes présumées participatives et actives localement et au plan national (tant dans des comités locaux, des associations de la « société civile » que par le biais des consultations électorales), en tant qu’agents économiques appelés à participer au développement du pays, des localités et à l’économie de leurs familles (par l’entrepreneuriat et singulièrement par le microcrédit), les femmes sont de plus en plus sollicitées dans les interventions pour le développement. Elles le sont aussi en tant que victimes d’un ordre politique, économique, social et culturel qui les aurait marginalisées, discriminées, dominées dans les domaines de l’éducation, de l’héritage, de la propriété, du mariage et de la reproduction, de la santé, etc. Dans un cadre où les différentes formes de solidarité ont tendance à s’affaiblir (familiale au sens large, mais aussi nationale telle qu’inscrites dans les politiques publiques et les politiques sociales en particulier), les femmes se retrouvent en outre dans des situations de vulnérabilité accrue qui justifient l’accent mis sur leur situation, voire des positions de discrimination positive. Les interventions se veulent donc aussi réparatrices, ou compensatrices en s’inscrivant dans une perspective de justice sociale et de droits humains. Leurs présupposés s’avèrent souvent décalés par rapport à la complexité des situations. Il s’agira donc ici d’analyser les présupposés de ces interventions développementalistes au regard des évolutions différentielles en termes de classes sociales notamment, des tensions et des ambivalences résultant des changements rapides survenus dans la Péninsule et la Corne de l’Afrique depuis un demi-siècle, c’est-à-dire en moins de trois générations. Ces changements portent entre autres sur le mariage, la fertilité, l’urbanisation, l’éducation, le travail, les pratiques de consommation, les mobilités et l’inscription dans un espace mondialisé en termes de circulation des biens, des personnes, des savoirs et de l’information par les médias et l’usage des nouvelles technologies. Ces interventions se révèlent en outre souvent éloignés des points de vue, des réflexions, des expressions et des subjectivités de femmes qui ont souvent été mal ou peu représentées par les interlocutrices des bailleurs et des prescripteurs, les porte-paroles des associations ou les professionnelles du développement. Pour autant, elles se conduisent comme des usagères de politiques publiques et d’interventions qui leur sont destinées. Elles opèrent des choix, construisent des positions qui rétroagissent sur les formulations des interventions. Nous chercherons ici tout autant à comprendre les itinéraires des différents acteurs en présence (femmes, hommes, intervenants, prescripteurs, analyseurs, institutions, ONG et autres) qu’à étudier les interactions et relations entre eux, c’est-à-dire les échanges, les conflits, les transactions, les tensions et les négociations.
Nous analyserons plusieurs années d’initiatives et d’interventions ciblées sur les femmes, ou agissant sur leurs itinéraires. Pour ce faire, nous nous distancierons par l’analyse critique des grands mots d’ordre du développement pour en questionner les objectifs (émancipation, empowerment, participation, alphabétisation…), les points de vue dont ils sont porteurs (la nature du « problème »), les acteurs qui les mettent en œuvre (ONG, coopération technique, sociologues, etc.) et les outils qu’ils mobilisent (ciblage, participation, contrats, micro-finance, conditionnalités…). La place prise par les ONG dans l’engagement des femmes dans la sphère publique, séculière ou religieuse, pose également la question des modalités des reformulations de cet engagement et de leurs effets.
La diversité des trajectoires des professionnels impliqués, les interactions entre les usagers et les divers acteurs du développement conduit à réfléchir en termes d’hybridation, de reformulation des pratiques voire des normes et des concepts. Cet axe sera d’autant plus propice à une analyse réflexive qu’une partie des activités des chercheurs se situe à l’intersection entre recherche, action, expertise et outils pour l’intervention.
3- Les mobilités sociales : le marché et les espaces du travail, l’articulation entre emploi, éducation et capacité d’agir.
Il s’agit là de réfléchir d’une part aux expériences des femmes au travail, et ce, dans les diverses branches d’activités et à tous les niveaux de compétence. D’étudier la manière dont de nouvelles subjectivités féminines professionnelles, de nouvelles féminités professionnelles se sont peu à peu construites. Quelles sont les interactions sur les lieux de travail, les acteurs en présence ? Comment se déclinent les liens entre hommes et femmes notamment ? Comment se négocient au quotidien des subjectivités professionnelles et de genre ? D’autre part, d’analyser les mobilités sociales à l’aune du lien le plus souvent construit entre niveau éducatif, parcours professionnel et capacité de réflexivité et de choix (capacité d’agir), entre autonomie sociale et économique, voire entre hiérarchie sociale et de pouvoir, participation et citoyenneté. Un meilleur niveau éducatif permettrait de transformer les relations de domination au sein de la famille et des espaces publics et de travail, de rendre les femmes plus autonomes et libres de choix, de leur permettre de choisir leur nuptialité, leur maternité et le nombre de leurs enfants, de leur donner accès à la citoyenneté active, de les faire entrer sur les marchés du travail avec des statuts mieux reconnus, plus stables et plus gratifiants, etc. On pourra ainsi questionner ce lien entre savoir, travail et capacité d’agir, se demander si l’acquisition du savoir a également d’autres fonctions, et si les liens développées dans les espaces de son acquisition (universités, cercles ou fondations religieuses, associations…etc.) créé d’autres manières d’être soi, ou de se réaliser.
4- Les mobilités spatiales
Elles pourront être considérées à partir d’une trajectoire de vie, d’un territoire, de relations et d’interactions, ou encore plus largement dans une perspective d’hybridation, d’articulation de systèmes de valeurs ou culturels et de visions du monde, de tensions, de diversification, d’opportunités et de possibilités de choix. Ces mobilités sont multiformes, se combinent avec des mobilités sociales et économiques, et impliquent divers acteurs. Les migrations, de et vers les pays de la Péninsule et à l’intérieur des pays eux-mêmes, constituent en elles-mêmes une partie importante de ce qu’on désigne ici comme mobilités, et en particulier les migrations de travailleurs, dont bon nombre sont des travailleuses (employées domestiques, personnel médical, enseignantes…). Les mobilités incluent également les déplacements pour études à l’étranger, les déplacements causés par des guerres, mais aussi les déplacements fréquents liés au travail dans les entreprises, les organisations internationales, les ONG, pour des travaux de recherche ou des missions d’expertise, ou encore les mobilités à l’intérieur des diasporas, etc. Les femmes occupent des places différentes dans ces mobilités, qu’elles soient elles-mêmes migrantes et travailleuses, qu’elles accompagnent leur famille, qu’elles évoluent dans un milieu constitué en diaspora, ou qu’elles soient exposées à des migrants et expatriés (en tant qu’employeures, que bénéficiaires d’interventions de développement, objets de recherche…)
5. Les pratiques dans les nouveaux espaces et les lieux alternatifs de sociabilité
Ils sont liés pour partie, mais pas exclusivement, à l’urbanisation, au déploiement des politiques publiques et des interventions pour le développement, et à la mondialisation des techniques, des savoirs et des pratiques sociales. On y inclut ici universités, cafés internet et bars / restaurants, chambres de commerce ou syndicats professionnels, comités issus d’élections locales et partenariats construits par les mouvements de décentralisation, ONG et associations locales, fondations religieuses et éventuellement agences matrimoniales et de recrutement, mais aussi espaces dématérialisés tels qu’internet et l’usage des technologies de l’information et de la communication (TIC). Ces espaces intrinsèquement hybrides ouvrent des opportunités de rencontre, de constructions d’autres subjectivités, de pratiques nouvelles, qui se forgent par la négociation entre différents registres, par l’utilisation de divers systèmes de valeurs ou de compétences, et parfois aussi dans la tension avec les règles et coutumes de comportement, les usages concernant les mobilités et les sociabilités des femmes.
Organisation et calendrier
L’organisation du colloque repose sur :
1- Un comité de pilotage, qui mettra en place les phases opérationnelles, la recherche de fonds et le suivi du calendrier. Il est composé de trois représentants du CEFAS : son directeur, Michel Tuchscherer, historien, professeur à l’Université de Provence, Stéphanie Latte Abdallah, historienne et politologue, chercheure à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM-CNRS) à Aix-en-Provence, et Blandine Destremau, sociologue, chercheure au Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE – CNAM / CNRS). Il sera chargé de faire le point sur les manifestations d’intérêts reçues, de contacter plus largement des centres de recherche ou autres chercheurs, de construire un avant-projet de colloque et de faire un premier point sur les questions pratiques et financières. Il est aussi chargé de préparer les réponses aux chercheurs qui se sont manifestés afin de leur demander le cas échéant plus de précision.
2- Un comité d’organisation scientifique, composé des membres du comité de pilotage (4 personnes), des responsables des 5 axes thématiques (5 personnes), ainsi que des membres représentant les principaux centres de recherche, si possible centrés sur les questions de genre, des Etats de la péninsule (et de la Corne de l‘Afrique ). Le comité d’organisation scientifique aura comme mission d’établir le programme du colloque, de sélectionner les propositions de communication, éventuellement d’aider à la recherche de fonds et de superviser la publication prévue dans le cadre du CEFAS (voire d’autres publications).
Le comité d’organisation scientifique se réunira en 2010 à Sana’a, et pourra convier à cette réunion préparatoire certaines personnes ressources susceptibles de contribuer au projet. Cette réunion aura pour objet principal d’avancer la construction du colloque et d’évoquer ses aspects scientifiques, pratiques et financiers ; de préparer les courriers destinés aux participants sélectionnés au colloque ; de mettre en chantier la première mouture de la newsletter du réseau.
Le colloque est prévu pour 2011. Il sera suivi d’une publication programmée pour 2012 sous forme d’un dossier à paraître dans la revue du CEFAS, après sélection par un comité de rédaction et après consultation des membres du comité scientifique du colloque. D’autres publications pourront voir le jour auprès des centres de recherche partenaires du projet.
Appel à manifestation d’intérêt
Nous sollicitons dès à présent des manifestations d’intérêt de la part de chercheurs, visant à intégrer le réseau en devenir et/ou à participer au colloque et à la publication. Les manifestations d’intérêt doivent comprendre :
Des éléments d’information : nom, adresse de contact, titre, institution de rattachement.
Un texte d’une demi-page à une page maximum, résumant les travaux passés, en particulier ceux portant sur le genre, ou la trajectoire ayant mené à centrer les travaux sur des questions concernant les femmes, le genre, les relations entre sexe, etc. Ce résumé peut être accompagné d’une bibliographie sélective mentionnant les productions pertinentes.
Un texte d’une demi-page à une page maximum, résumant les travaux actuels, sur lesquels portera la contribution au colloque et/ou au réseau, en précisant la thématique dans laquelle elle s’inscrira (voir les cinq thématiques énoncées ci-dessus).
Nous sommes également reconnaissants de nous signaler des chercheurs dont vous pensez qu’ils ont pu échapper à notre vigilance, ou à nos quêtes d’information.
Les propositions ou manifestations d’intérêt doivent parvenir avant le 1er septembre 2010 à Michel Tuchscherer
Suite à un premier processus de sélection, les chercheurs sélectionnés pour participer au colloque seront sollicités pour une proposition de communication plus précise.
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